Amphotéricine B
L'artillerie lourde des antifongiques : réservée aux infections fongiques graves qui menacent la vie des patients immunodéprimés. Très efficace, mais la forme conventionnelle (Fungizone®) mange les reins → surveiller la créatinine chaque jour et n'oublier jamais : SG5% uniquement, voie centrale obligatoire.
💊 À quoi ça sert ?
Tu verras l'amphotéricine B dans des services de réanimation, d'hématologie ou d'infectiologie, jamais en médecine de ville. Elle est réservée aux infections fongiques invasives sévères → celles qui peuvent tuer en quelques jours un patient dont les défenses immunitaires sont à plat :
- Aspergillose pulmonaire invasive (chez les patients greffés ou sous chimiothérapie)
- Candidémie (champignon dans le sang)
- Mucormycose (champignon rarissime mais très agressif)
- Méningite à Cryptococcus chez les patients VIH (associée à la flucytosine)
- Leishmaniose viscérale (forme Ambisome® uniquement)
🔬 Comment ça marche ? (simplifié)
Contrairement aux azolés qui bloquent la fabrication de la membrane fongique, l'amphotéricine B s'attaque directement à la membrane déjà construite. Elle s'insère dans l'ergostérol (le cholestérol des champignons) et y perce des trous → le contenu cellulaire fuit, le champignon meurt.
💡 Les azolés bloquent la construction du mur. L'amphotéricine B, elle, perce des trous dans un mur déjà construit → le château s'effondre de l'intérieur. C'est pour ça qu'il n'y a pas de résistances croisées entre les deux.
La forme liposomale (Ambisome®) emballe le médicament dans des sphères graisseuses qui se libèrent préférentiellement dans les zones infectées, préservant beaucoup mieux les reins.
⚠️ Ce qu'il ne faut PAS faire
- Jamais dans le sérum physiologique (SSI) → précipitation immédiate ! Uniquement dans le SG5% → retiens ça comme une règle de vie
- Jamais en injection directe rapide → choc, arythmie potentiellement fatale
- Forme conventionnelle (Fungizone®) : CI si IR sévère sans urgence vitale absolue
- Associations néphrotoxiques (aminosides, ciclosporine, tacrolimus) → risque d'IRA grave, additive → les éviter autant que possible
- Associations hypokaliémiantes (diurétiques de l'anse, corticoïdes) → vérifier K⁺ et Mg²⁺ quotidiennement
- Prémédication obligatoire avant Fungizone® : paracétamol + antihistaminique ± hydrocortisone 30 min avant
- Créatinine + ionogramme quotidiens → c'est le tableau de bord de la toxicité, sans exception
- Hydratation préventive : 500 mL SSI avant chaque perfusion (réduit la néphrotoxicité de façon significative)
- Température avant/pendant/après la perfusion (syndrome fébrile-frissons très fréquent)
- NFS : anémie possible sur traitement prolongé
🩺 Ce que je fais en tant qu'IDE
📌 Les 3 choses à retenir absolument
- SG5% UNIQUEMENT → si tu dilues dans du SSI, le médicament précipite et devient inutilisable (et potentiellement dangereux)
- Voie centrale obligatoire pour Fungizone® → une phlébite sur VVP avec ce produit, c'est très douloureux et néfaste pour le patient
- Créatinine quotidienne sans exception → la néphrotoxicité s'accumule dose après dose, la détecter tôt change tout
🔗 Voir aussi
- Fluconazole · Itraconazole
- Gentamicine (néphrotoxicité additive, éviter association)
- VVC · Créatinine